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Burn-out, hypervigilance et perte de sens

Dernière mise à jour : 7 févr.

Quand le corps parle après cinq ans à tenir


Pendant longtemps, je n’ai pas su nommer ce que je vivais.

Je pensais que c’était normal.

Je pensais que j’étais simplement fatiguée.

Je pensais surtout que je devais tenir.


En réalité, j’étais en hypervigilance permanente depuis plusieurs années.

Et mon corps, lui, n’a jamais cessé d’enregistrer.



Quinze ans d’engagement et une relation managériale fondatrice


J’ai travaillé quinze ans pour un grand groupe d’assurance.

Ce furent, malgré les exigences et la pression des objectifs, mes plus belles années professionnelles.


J’y ai appris mon métier, j’y ai évolué, j’y ai été reconnue. Grâce à un ami qui a su voir en moi quelque chose, il a su voir en moi des qualités que je ne percevais pas toujours moi-même. Mais surtout, j’y ai rencontré un manager qui a profondément marqué mon parcours.


Ce manager n’était pas mon manager direct. Non les N+1 n'étaient pas des managers, juste des producteurs...

C’était un N+2, comme on dit dans le jargon de l’entreprise.


Et pourtant, c’est lui que j’ai suivi.

Lui que j’ai écouté.

Lui qui m’a fait confiance.


Il m’a donné ma chance, il m’a permis d’oser, de prendre ma place, de me sentir légitime.


Aujourd’hui, je comprends pourquoi j’ai autant adhéré à sa posture.

Parce qu’il incarnait un leadership aligné avec mes valeurs :

la reconnaissance, la confiance, l’exigence juste, l’humain avant le chiffre.


Ce n’était pas une question de hiérarchie.

C’était une question de valeurs et de sécurité intérieure.



Quand l’alignement disparaît


Au fil du temps, le cadre a changé. Mon N+2 était toujours là mais les valeurs du groupe devenaient plus agressives,

On m’a demandé de modifier ma façon de travailler, de mettre de côté certaines de mes valeurs… faire du chiffre... faire du chiffre... au détriments de mes clients...

Alors même que c’était précisément pour elles que l’on était venu me chercher.


Quand le sens s’effrite, on compense.

Quand on compense trop longtemps, on s’épuise.


Sans m’en rendre compte, l’hypervigilance s’installe.



Le choix du changement… et l’espoir d’un cadre plus humain


Quand l’opportunité s’est présentée d’intégrer une structure plus petite, plus familiale, je me suis dit que c’était le bon moment.


J’ai démissionné en pleurant.

Parce que je quittais bien plus qu’un poste : je fermais une part de moi.


En septembre 2019, j’intègre une équipe de trois agences. 5 et 6 collaboratrices.

Sur le papier, tout semblait réuni, le salaire, les avantages, la flexibilité, mais aussi

une équipe soudée, une stabilité apparente, des valeurs qui semblaient proches des miennes.


Je voulais y croire.


La réalité du terrain : tensions et stratégies toxiques


Très vite, je me rends compte que l’entente au sein de l’équipe n’est pas celle annoncée.

Les jalousies, les égos et les non-dits prennent progressivement toute la place.


Sur l’ensemble de l’équipe, seules trois collègues incarnent réellement des valeurs fortes et un sens du travail bien fait profondément ancré.


Puis, je commence à observer une dynamique bien connue :

diviser pour mieux régner.


Une collaboratrice présente depuis plus de vingt ans, mon binôme, véritable pilier administratif, mémoire vivante de l’agence, bras droit indispensable, est laissée partir sans ménagement.

Elle ne sera jamais remplacée.


La charge ne disparaît pas.

Elle se déplace.

Et elle pèse.


Mai 2023 : l’annonce qui fait basculer l’équilibre


En mai 2023, le patron nous annonce que la compagnie d’assurance a décidé de ne pas renouveler sa confiance.

Les agences passeront sous mandat de gestion à partir d’octobre.


Je m’inquiète.

Je cherche à comprendre.

On me rassure :

« Tout va bien se passer. »

Je veux y croire, mes collègues restent septiques...

Et je me dis aussi que, de toute façon, ça ne peut pas être pire.


Porter aussi l’effondrement émotionnel du dirigeant


À cette charge professionnelle s’ajoute une autre, plus silencieuse encore.


À plusieurs reprises, il nous faut entendre les plaintes de notre patron,

il transmet ses angoisses à son équipe,

j'entends ses propos lorsqu’il dit qu’il ne supporte plus la situation,

jusqu’à évoquer le fait qu’il pourrait vouloir mettre fin à ses jours.


Je ne suis ni thérapeute, ni soignante, à l'époque...

Je suis salariée.


Mais là encore, je tiens.

Je contiens.

Je rassure.


Sans mesurer que je suis en train de dépasser depuis longtemps mes propres limites.


Cinq mois de silence… et aucune prise en compte de l’humain


Entre l’annonce et la reprise effective, il ne se passe… presque rien.


La nouvelle direction ne s’inquiète pas de savoir comment nous vivons le transfert.

Aucune question sur notre état, sur nos difficultés, sur ce qui pourrait être mis en place pour nous soutenir.


Non.


Pendant ce temps-là, sur le terrain, les équipes se battent pour faire tourner les agences.

Les filles s’épuisent.

Elles encaissent la colère des clients, leur incompréhension, leur sentiment d’abandon.


Personne ne vient soutenir.

Personne ne vient cadrer.

Personne ne vient soulager.



Tout changer, sans prévenir, sans accompagner


Une semaine avant le transfert, on nous annonce :


  • le déménagement des agences

  • le changement des adresses

  • le changement des téléphones

  • le changement des mails


Les clients ne sont pas prévenus, ou trop tard.


Et ce sont les équipes en agence, majoritairement féminines, qui encaissent tout :

les reproches, les cris, les tensions, les menaces parfois.



Faire plusieurs métiers à la fois, sans cadre


Une autre des collaboratrice est partie avant le transfert... Une agence se retrouve sans collaboratrice... fermée...


Pendant plusieurs semaines, je cumule :

  • mon poste de développement commercial

  • celui de collaboratrice d’agence, qui n’était pas le mien pour ne pas laisser les clients sans agence, sans interlocuteur...

  • la gestion émotionnelle des clients


Avant, je gérais mon temps en fonction de mes rendez-vous.

Désormais, je dois être présente à 9h, dans une agence située à 50 km de chez moi.


Je tiens.

Je m’adapte.

Je compense.


C’est ainsi que l’hypervigilance devient permanente.


Le mandataire provisoire est souvent en congés.

À peine arrivé, déjà absent.


Le 7 novembre 2023 : le corps dit stop


Le 7 novembre 2023, il est 20h.

Je rentre chez moi.


Une douleur apparaît à l’épaule gauche.

Une sensation étrange.

Un poids immense sur les épaules.


Je suis fatiguée. Vidée.


Je rate ma sortie d’autoroute.

Alors que je la prends tous les jours, même avec le GPS.


Le lendemain, je suis incapable de me lever pour aller travailler.

Épuisement total.

Je pleure.

Je culpabilise pour mes collègues.


Les examens médicaux s’enchaînent pour écarter un AVC ou une crise cardiaque. Une des filles me demande de gérer les demandes à distance... euh comment dire...


Le verdict tombe :

épuisement professionnel. Burn-out.



Après : la chute, puis la reconstruction


Je passe trois mois et à dormir du matin au soir et à pleurer,

À l’idée de retourner travailler.

À culpabiliser de « laisser » les autres.


Je tiens grâce au soutien indéfectible de mon mari et de ma famille.


Peu à peu, je commence à remonter.

Mais la peur est toujours là, notamment lors des rendez-vous à la médecine du travail.

J’ai peur qu’on m’oblige à y retourner.


Entre-temps, mon corps continue de parler :

Après une fibromyalgie arrive une hypothyroïdite auto-immune.


Fin 2024, les agences trouvent enfin un repreneur.

On me propose un licenciement pour inaptitude.


Et pour la première fois depuis longtemps, je respire.



Ce que cette expérience m’a appris


Un burn-out n’arrive jamais par hasard.

Il est souvent le résultat d’un empilement silencieux :


  • perte de sens

  • valeurs bafouées

  • hyper-responsabilité

  • charge émotionnelle non reconnue

  • absence totale de soutien managérial


Le corps finit toujours par dire ce que l’esprit a trop longtemps tu.


Aujourd’hui, si je partage mon histoire, ce n’est pas pour raviver la douleur.

C’est pour mettre de la conscience, de la prévention et de l’humanité dans le monde du travail.


S’écouter n’est pas un échec.

C’est un acte de survie. 🌿

 
 
 

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